C’est l’occasion d’accéder à la transformation. J’ai pu constater diverses formes de rupture de continuité, quand les personnes se retirent de situations inconfortables procurées par leur univers de travail. Ces ruptures ne sont pas toutes du même ordre. Pour certains, le premier niveau de rupture est atteint en imposant une limite à la durée de la présence physique au travail : le travail à temps partiel. Il permet une distanciation émotive et un espace-temps plus large pour la vie privée.

Malheureusement, la flexibilité de l’emploi aujourd’hui restreint le bénéfice d’un travail à temps partiel. Pour une majorité de personnes, le niveau de rupture est marqué par le départ de l’institution d’attache. Certains retrouvent le même genre de travail, d’autres changent ou de secteur ou de service. Enfin, pour un très petit nombre d’individus, la rupture est presque totale. Le temps nécessaire à la restauration des facultés semble dépendre énormément de l’aide et de l’accompagnement que la personne peut recevoir. Parfois, la souffrance s’installe pour toute la durée de la carrière et devient comme une seconde nature. Pour d’autres, la prise de conscience du malaise peut se faire relativement rapidement grâce à la vigilance et au soutien de l’entourage professionnel et personnel de la personne. Chaque étape peut varier de quelques mois à plusieurs années selon l’accompagnement dont on peut bénéficier. Parfois, le processus ne se poursuit pas ou reste bloqué à une étape que la personne ne parvient pas à franchir seule. Ainsi, deux conditions essentielles à l’aboutissement positif d’un syndrome d’épuisement apparaissent simultanément : l’importance de trouver une situation de repos suffisamment longue pour lui permettre de retrouver l’usage de ses facultés sans menacer pour autant sa situation de travail, et l’importance de profiter d’un accompagnement pour l’aider à structurer un nouveau projet.

La nature même de la construction du nouveau projet professionnel nécessite une autre condition essentielle. Il doit être souple et flexible pour permettre à la personne de prendre le temps de réfléchir à ses capacités d’implication dans une nouvelle démarche, et se donner le droit de changer d’orientation si elle s’aperçoit que celle-ci n’est pas tout à fait réaliste. La personne ayant vécu une situation d’épuisement sent confusément qu’elle n’a plus le droit de se tromper.

La situation d’épuisement déclenche une telle souffrance qu’elle menace jusqu’à l’équilibre de vie et peut, si elle persiste ou se répète, menacer jusqu’aux sources de sa vie elle-même. La restauration des facultés passe donc par un besoin de certitude, celui de l’existence réelle de capacités à vivre un changement et d’assurer une nouvelle carrière ou un nouvel avenir. Sans cette précaution préalable, on s’expose à des ruptures successives conduisant à une perte totale de contrôle sur sa vie.

 

Phase 6 : Le nouveau projet

 

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