Dans le cas d’un salarié, l’arrêt du travail s’accompagne d’une mise à distance dont la dimension psychique est particulièrement importante : l’intérêt et le lien au monde du travail sont temporairement mis de côté. Un décrochage mental doit s’opérer. En l’absence de reconnaissance médicale d’un diagnostic d’épuisement professionnel , il reste la possibilité de se mettre en congé. Il pourra être justifié par différents motifs, une demande de formation, un congé parental, une mise à disposition… Chez certains, la démission reste la seule issue possible, les possibilités légales de retrait étant réduites à néant. Dans ce cas précis, cette solution sans issue ne permettra pas le déroulement serein des étapes ultérieures en raison de l’insécurité et de la précarité qu’elle crée. C’est ce qui explique que bon nombre de personnes décident de rester dans un métier qui les blesse de plus en plus lorsqu’aucune perspective de retrait n’est envisageable, au détriment parfois des équipes et des usagers. C’est exactement la situation dans laquelle je me trouvais. Gérante d’une entreprise, comment envisager un arrêt ? Ce n’est pas un simple arrêt de quelques jours, mais un arrêt pour longue maladie qui est nécessaire et c’est tout simplement inenvisageable pour la survie de l’entreprise même si le médecin le préconise. Dans le cas où cette étape de distanciation est effectuée et intégrée par la personne, les autres étapes conduisant à la guérison seront plus simples. Dans mon cas, j’ai compris que je n’arrivais pas à mettre cette distance compte tenu des graves répercussions que cela pourrait engendrer sur mon entreprise.

J’ai usé de stratagèmes pour mettre la distance, refusant l’arrêt total qui était pourtant la seule solution vers la guérison. J’ai pris des vacances plus régulièrement sans culpabiliser et j’ai délégué. Pour fuir les conflits, les problèmes, je passais mon temps à régler la paperasse. Courrier, accusé réception, relances, devenaient mon quotidien, mettre en place une organisation administrative interne afin d’archiver tout courrier, remarques, venant de nos clients et pouvant nous porter préjudice. Je m’occupais de toute la partie administrative de l’agence, des relations publiques avec mes clients et de la recherche de nouveaux budgets.

Autrefois, notre métier était humain et vivant. Nous allions dans les rédactions, nous rencontrions des journalistes, nous étions invités dans les cocktails. Mais ce métier étant en pleine mutation, il se résume aujourd’hui à une boîte mail et des appels téléphoniques. Quelle misère pour un métier de relation ! L’insécurité financière dans laquelle mes clients me plongeaient n’était même plus contrebalancée par l’intérêt du métier. J’en ai souffert, mes collaboratrices aussi, mais nous n’en avons jamais parlé. C’est malheureusement avec le recul et suite au deuxième Burn-Out trois ans plus tard que j’ai compris que je n’avais pas su prendre la distance nécessaire. Il aurait fallu rompre avec mon métier, procéder à une décision drastique, en cessant mon activité, ce que je n’ai pas fait. Que me serait-il resté pour être reconnue dans notre système social ? La précarité me guettait. J’ai opté pour la résistance en espérant des jours meilleurs qui sont finalement arrivés. Mon activité a redémarré pour mieux sombrer à nouveau quelques années plus tard.

 

Phase 3 : Restaurer nos capacités
Phase 4 : Analyse et réflexion
Phase 5 : La rupture
Phase 6 : Le nouveau projet

 

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